La résistance aux antibiotiques selon Le Point.fr


Le Point.fr logoLa résistance aux antibiotiques, une « des plus graves menaces pour la santé mondiale »

Le commissaire européen chargé de la santé et de la sécurité alimentaire a rencontré à Paris Ségolène Royal et Stéphane Le Foll. Entretien.

Propos recueillis par Aline Cochard

Publié le 06/03/2016 à 12:24 – Modifié le 06/03/2016 à 12:32 | Le Point.fr
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Vytenis Andriukaitis« Les antibiotiques sont dangereux. Or, en France, plus de 70 % des ordonnances d’antibiotiques sont prescrites pour des infections respiratoires, la plupart dues à des virus, contre lesquels ils sont inefficaces ! » assure Vytenis Andriukaitis. © AFP/ JOHN THYS

La résistance aux antibiotiques, une « des plus graves menaces pour la santé mondiale »

Le Lituanien Vytenis Andriukaitis, 64 ans, est en charge de la sécurité alimentaire à la Commission européenne. En déplacement à Paris, l’homme a rencontré Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, et Stéphane Le Foll, son homologue à l’Agriculture. Interview.

Le Point.fr : L’Europe se saisit du problème de la résistance aux antibiotiques. Il y a donc urgence ?
Vytenis Andriukaitis : Oui. La résistance aux antibiotiques est l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale. En 2015, les bactéries pharmacorésistantes ont tué 27 000 personnes en Europe, et 700 000 dans le monde. En cause, la banalisation de l’usage des antibiotiques en santé humaine et animale. Les échanges commerciaux ont mondialisé le phénomène. Et les résidus médicamenteux de cette utilisation polluent ensuite l’environnement.

Si la France est l’un des pays où la consommation d’antibiotiques est la plus élevée, quels sont les pays les plus vertueux en la matière ?
Les Pays-Bas se sont faits les champions de cette cause. Pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, la présidence néerlandaise a organisé une vaste conférence sur la question de l’antibiorésistance. On y a autant parlé des exploitations agricoles que des hôpitaux. Les pays d’Europe du Nord ont multiplié les campagnes de sensibilisation et imposé des règles très strictes, ils ont beaucoup moins recours aux antibiotiques dans la santé humaine et animale. Ce qui donne aussi de meilleurs résultats pour la protection de l’environnement. Les plus mauvais élèves restent les pays d’Europe du Sud.

Reste qu’un Européen sur six ignore encore que le mauvais usage des antibiotiques les rend inefficaces !
Les antibiotiques sont dangereux. Or, en France, plus de 70 % des ordonnances d’antibiotiques sont prescrites pour des infections respiratoires, la plupart dues à des virus, contre lesquels ils sont inefficaces ! Quand les gens ont de la fièvre, ils demandent des antibiotiques à leur médecin. Il faut vraiment changer ces mentalités. De même, il est scientifiquement prouvé que la vaccination contre la grippe est efficace sur les plus de 60 ans. Si on couvrait 75 % de la population âgée, on assisterait à une chute des maladies respiratoires. Il faut que les ministres de l’Économie, des Finances, de l’Agriculture calculent le coût en santé publique,  l’impact sur la croissance, le nombre d’emplois, la compétitivité et constatent les avantages à tirer de la vaccination contre la grippe. Si on limitait l’usage des antibiotiques, on disposerait d’une meilleure gestion des maladies dans leur ensemble et on réduirait le nombre et la durée des arrêts maladie. En dépenses de santé et en perte de productivité, le chiffre atteint pour l’Union européenne 1,38 milliard d’euros chaque année. De manière générale, quand on parle de santé publique, on parle d’économie.

De quelle façon la Commission européenne va-t-elle agir ?
Fin 2016, nous publierons des lignes directrices sur l’usage des antibiotiques en matière de santé humaine. Des codes de bonne conduite qui existent déjà pour le secteur vétérinaire. Et la Journée de sensibilisation aux antibiotiques va devenir une Semaine de sensibilisation. Cela dit, l’Union européenne ne dispose que de peu d’instruments. La responsabilité incombe plutôt à chaque État membre. Et ce n’est pas seulement du ressort du ministère de la Santé. Les ministères de l’Agriculture, de l’Environnement et de l’Éducation sont concernés. Pourquoi les femmes par exemple utilisent-elles en moyenne plus d’antibiotiques (59,3 %) que les hommes (49 %) ? En France, plus de 90 % des prescriptions d’antibiotiques se font en milieu urbain auprès des généralistes, pas dans les hôpitaux, qui ont des procédures très strictes. Si vous vous contentez d’une campagne de sensibilisation ou si vous appliquez une taxation particulière, ça ne donnera pas de résultats. Vous devez prendre en compte la politique fiscale, la politique commerciale, les campagnes d’éducation, ce que vous faites pour réduire voire interdire la publicité… Mais cela prendra cinq à dix ans pour tout coordonner à l’échelle européenne.

La lutte contre l’antibiorésistance se heurte aussi à de puissants lobbys…
Il ne faut pas systématiquement montrer du doigt les lobbys. La fabrication des antibiotiques est liée au fonctionnement même des États membres. Cela demande de la recherche, des experts, des essais cliniques, de l’argent et du temps, et donc du soutien à l’innovation.

Justement, la classe la plus récente d’antibiotiques a été synthétisée en… 1987. Depuis, il n’y en a pas eu de nouvelle. Pourquoi ?
Dix à quinze ans d’efforts et d’investissements sont nécessaires pour synthétiser un nouvel antibiotique. Je me réjouis de l’attitude de l’OMS en 2015, qui a tiré la sonnette d’alarme. Elle a beaucoup insisté auprès du G7 sur la difficulté à synthétiser de nouveaux antibiotiques et donc sur le besoin de soutenir le secteur. Et le G20, qui se réunit actuellement sous la présidence de la Chine, va dans le même sens.

L’Europe a promu l’élevage intensif, qui favorise le recours aux antibiotiques. N’est-il pas temps de changer de modèle ?
Nous sommes en train de finaliser deux actes législatifs, l’un concernant l’alimentation animale médicamenteuse, l’autre la médecine vétérinaire. Ils permettraient d’introduire dans la législation européenne une surveillance de l’utilisation des antibiotiques et de forcer les États membres à l’appliquer.

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